Poèmes primés 2016 : 1er prix

DÉSENCHANTÉ

Remonter à contre courant

Jusqu’à la source des rivières

Comme les grands poissons mourant

Aux rives froides des gravières ;

Retrouver de l’onde première

Sous son chatoiement argenté,

Les jeux d’ombres et de lumière

Au soir d’un jour désenchanté.

Donner au verbe indifférent

La force pure des prières

Que l’amour accroche en pleurant

A la grille des cimetières ;

M’enraciner comme le lierre

Aux lieux où je fus enfanté

Encore une fois, la dernière,

Au soir d’un jour désenchanté.

Susciter un visage errant

Juste en refermant la paupière,

Retenir, dans son poing serrant

Des grains de sable et de poussière,

Par une grâce singulière,

La touffeur d’une nuit d’été,

L’essence d’une vie entière

Au soir d’un jour désenchanté.

Amis, daignez fleurir ma bière

De ce que les ans m’ont ôté

Pour m’aider à porter ma pierre

Au soir d’un jour désenchanté. ..

GILLES LE SAUX

QU’AVEZ-VOUS APPRIS ?

Qu’avez-vous appris, jeune fille,

Qu’on n’enseigne pas au couvent,

De ces pensers qu’on a souvent

Lorsque le cœur soudain vacille ?

Lorsque le drap rude émoustille

La pointe d’un sein émouvant,

Qu’avez-vous appris, jeune fille,

Qu’on n’enseigne pas au couvent ?

Lorsque le soir sous la charmille,

Vous vous allongez en rêvant

Aux gestes tendres et fervents

Des mes mains qui vous déshabillent,

Qu’avez-vous appris, jeune fille ?

GILLES LE SAUX

AU JARDIN

Venez ! Descendons au jardin

Et causons de choses légères !

Venez, ce soir mon cœur austère

Aspire à s’avouer badin !

Soyez le galant baladin,

Qui s’attache à ma robe claire,

Me surprenne et sache me plaire

Sous le ciel couleur lavandin !

L’ombre s’étend ! Si je frissonne …

C’est qu’il est trop doux cet automne

Au grisant parfum de cédrat.

Notre promenade si lente

M’enivre, infiniment troublante,

Ma main pesant sur votre bras.

La nuit invite aux jeux frivoles :

Enflammez-moi des phrases folles

Que le désir vous soufflera !

GILLES LE SAUX

A UNE HÉROÏNE DE ROMAN

Je suis un vieux jeune homme et je hante un vieux livre,

De ces romans jaunis à l’odeur de jardins

Qui, novembre venu, s’enluminent soudain

D’ocres roux rutilants sous le tain bleu du givre.

Vieux jeune homme fourbu, je ne sais plus que vivre

Un âge où s’enlaçaient les amoureux badins

Sous l’ombrelle cachés, cocottes et gandins

Et puis vous, ma douceur, à la toison de cuivre.

Quand je l’ouvre au signet, vous me laissez entrer

Afin qu’au fil des mots, quand germe mon envie,

Je puisse partager le cours de votre vie

Sous le regard moqueur que vous laissez filtrer.

Je vous plais, je le sais … mais vous êtres trop sage,

Car de votre candeur je ne puis recevoir,

Du bout de votre gant, qu’un geste d’au-revoir

Et le baiser promis, à la dernière page.

GILLES LE SAUX

Posted by on 10 Jan, 2017 in Poème primé, Poésie | 0 comments

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