Poèmes primés 2019 : 2ème prix

Paris, le 5 février 1847

Monsieur Armand Duval

J’écris un dernier mot au seul de mes amants
Que j’espérais revoir, enfin, franchir la porte…
Hélas, vous le lirez lorsque je serai morte
Après un long calvaire aggravé de tourments.

Car depuis que j’ai dû trahir nos doux serments
Sans expliquer pourquoi j’agissais de la sorte,
Je punis tant ce corps que l’étisie emporte
Qu’il ne restera rien de ses appas charmants.

La lettre paternelle, Armand, saura vous dire
Combien m’a coûté cher le pouvoir d’interdire,
En poignardant mon cœur, l’élan qui nous lia…

L’huissier prendra ma couche, un roman*où s’abrite
Un pétale jauni de blanc camélia.
Mais vous gardez l’amour de votre
Marguerite.

Gérard Laglenne

* Manon Lescaut, dédicacé par Armand, point de départ du roman d’Alexandre Dumas Fils

À MES GRANDS-PARENTS

Je revois mon grand-père : un visage ridé,
Creusé des longs sillons tirés de sa charrue,
Alarmé d’un orage, d’une grêle incongrue
Menaçant la révolte…un cheval débridé.

Je le revois agir, avec des mains calleuses
Que gerçaient les hivers dévorant trop de bois,
Qu’agressaient maints outils, une bête aux abois,
Et qu’il cachait, oisif, comme brebis galeuses.

Je revois ma grand-mère, et plonge dans ses yeux
Trempés de l’eau du puits chichement consommée,
Brûlé des feux du four, d’une lampe allumée,
Grands de tous les pardons rassérénant mes cieux.

Je la revois sourire – hélas, nous étions dupes ! –
Et remplacer les fils disparus, prisonniers,
En celant son chagrin pour que soient épargnés
La ferme et les petits accrochés à ses jupes.

Je me revois, farceur, badin sempiternel,
« fatiguant » deux vieillards maltraités par la vie,
Le sol souvent ingrat, la bêtise, l’envie,
Mais qui pourtant m’offraient tarte ou bonbon au miel.

Surchargeant leur travail, si pénible naguère,
Je gambadais, futile, heureux d’avoir six ans…
-Ne me dites jamais du mal des paysans
N’ayant eu de repos qu’au fond d’un cimetière –

Gérard Laglenne

L’inoubliable amour…

Un souffle de chaleur aux lourds relents d’éviers
Monte de la mangrove où l’on force un passage,
Essayant de prévoir le cheminement sage
Entre les nymphéas et les palétuviers.

Le danger peut venir de puants crocodiles
Enfouissant leur proie au fond de ce bourbier,
Des boas, du jaguar tombant d’un jujubier,
Ou des sables mouvants, de venimeux reptiles…

Lors, laissant la sangsue attaquer les jarrets,
Du regard nous sondons les profondeurs de l’onde,
Aventurons le corps dans cette fange immonde
Sans oublier la jungle étouffant ces marais.

Dès qu’émerge un sol ferme, exempt de pestilence,
Abruti de fatigue, habillé de ficus,
Chacun s’écroule enfin parmi les hibiscus
Et la faune, apeurée, alentour fait silence…

Se taisent les aras, quelques oiseaux-moqueurs,
Les singes curieux, l’agaçante perruche :
Seuls grognent deux tapirs, amateurs d’une ruche,
Engageant un conflit dont ils sortent vainqueurs.

Guetté de l’urubu, lugubre sentinelle,
J’observe un papillon butineur de pistils,
Assimilant son vol aux battements de cils
Qu’avaient ses yeux d’azur jouant de la prunelle …

Tout parle d’elle encore…A quoi bon voyager,
l’Amazone et le Rhône évoquent son visage,
C’est lui que je découvre en chaque paysage,
Aucun dérivatif ne vient me soulager !

Périr, loin du terroir, n’a plus rien qui m’emballe,
Autant rentrer chez soi pour y finir ses jours :
Fuir ajoute au chagrin de mes chères amours
Réduites à fleurir une pierre tombale…

Gérard Laglenne

DOUX AVEUX SOUS LA LUNE

ELLE : Quand le soir, sybarite, erre au bleu des roseaux,
Poursuivant l’horizon d’une brise frôleuse,
Séléné s’abandonne à ses voiles, frileuse,
La source, de cristal, frémit en blancs réseaux.

Il me souvient d’amours, d’attendrissants oiseaux,
Dont le chœur assidu, sous l’aile ensorceleuse,
Contait, pour m’endormir, l’histoire fabuleuse
D’un prince de jadis, hantant le bord des eaux…

C’est la nuit que je pleure, étouffant de tendresse,
Implorant mes demains d’alléger ma détresse,
Mais nul écho jamais ne répond à mon cri !

La lune ignore, aux bois, mes sombres nonchalances,
Epouse vainement mon jardin défleuri !
L’astre emporte mon miel…et mes brûlants silences !

LUI : Mais, comme au vent fripon frissonnent les roseaux,
Votre corps vibrera sous ma lèvre frôleuse
Si, devant mon ardeur, vous n’êtes plus frileuse,
Offrant à mes baisers de sensibles réseaux.

Venez dans le sous-bois, quand dorment les oiseaux,
Combler de désirs fous la nuit ensorceleuse
Et découvrir, enfin, l’étreinte fabuleuse
Pendant laquelle on vole, on marche sur les eaux…

Nos amours, partageant des trésors de tendresse,
Effaceront sans mal les moments de détresse,
Et seuls ceux du plaisir vous tireront un cri.

Car le temps qui se perd en tristes nonchalances,
Peut refaire un éden d’un jardin défleuri 
Pour peu qu’un doux aveu remplace vos silences…

Gérard Laglenne

Posted on 11 décembre 2019 in Non classé, Poèmes primés

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